

Il y a des collaborations qui naissent autour d’une table, d’un cahier des charges et de trois réunions PowerPoint. Et puis il y a celles qui commencent par un verre de rhum et quelques amateurs qui se disent qu’il serait quand même dommage de laisser pareille chose dormir tranquillement dans un chai.
C’est à peu près ainsi qu’est née l’aventure Savanna × RumX. En 2024, à Paris, Oliver Gerhardt (RumX) découvre un vieux Grand Arôme de la distillerie réunionnaise lors d’une séance de dégustation, tout droit sorti du fût n°991.
Quelques dégustations et pas mal de discussions plus tard, le projet d’un embouteillage commun voit le jour autour de ce fût 991.
Le bougre n’en était pas à son premier coup d’éclat.
En effet, ce fut 991 n’est pas exactement un perdreau de l’année. Avant de finir le vieillissement de ce Grand Arôme à 68,7°, il avait déjà connu une carrière plutôt enviable. Il avait notamment donné naissance aux versions Grand Étang Sec et Piton des Neiges de la Wild Island Edition : deux expressions d’un même Grand Arôme, élevé sous les tropiques et passé par des fûts ayant contenu du Cognac puis de l’Armagnac. Le Grand Étang Sec était sorti à 59,9°, tandis que la version Piton des Neiges affichait déjà 63,9°.


Autrement dit, le fut 991 avait déjà beaucoup œuvré, et de fort belle manière.
Et ce n’est pas fini, puisque son histoire se poursuit avec ce Grand Arôme (7 jours de fermentation) distillé en 2007 sur la colonne Savalle C20 de Bois-Rouge, avec 664,6 g/hlap d’esters (rien que ça !).




Après 17 années de vieillissement dans la cellule n°2 du chai de la distillerie, le fût a donné lieu à un embouteillage de 445 cols (70cl) titrant 68,7°.


Pour parachever le tout, RumX a confié l’étiquette à
Xandro
, artiste issu du graffiti, qui transforme ici le X de RumX (et de Xandro !) en une composition graphique nourrie de références au rhum, à la distillation et à La Réunion. Une étiquette qui, comme le contenu, ne semble pas avoir été conçue pour passer inaperçue.

Bref, le fût 991 avait déjà une histoire avant cette collaboration. Celle ci en constitue un nouveau chapitre. Et à 68,7 %, on peut raisonnablement penser que ce chapitre ne passera pas particulièrement inaperçu.

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La saison du champignon approche, et ça se sent dans la pièce dès que l’on ouvre cette bouteille. On est même carrément sur une poêlée forestière, avec des odeurs animales en supplément.
Et jusque là, je n’ai pas approché le verre de mon nez ! (Ni l’inverse, d’ailleurs)
Mais comme le disait l’immense Coluche : « A un moment, pour aller plus loin, il faut aller plus près ».
Dont acte.
Et la ce n’est plus du tout la même.
Ça sent l’olive verte enrobée de vernis et de caramel, voire de nougatine.
La fraise écrasée suit immédiatement, tandis que les fruits exotiques très mûrs s’imposent en fond, notamment la mangue et la banane.
Sans oublier la touche acidulée du bonbon Arlequin.
La fermentation longue se traduit également par des odeurs assez volatiles de carburant.
On retrouve ensuite des notes chocolatées, du café au lait et des tartines de pain grillé.

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Quelle intensité !!!
La encore on est en pleine excursion en sous-bois au début de l’automne : lichen, bois vermoulu, fougère, champignons.
Un mélange d’olives vertes et noires dans une saumure encore acidulée.
On a l’impression de mâchouiller un morceau de vieux cuir tanné.
Les fruits exotiques paraissent encore plus mûrs. On imagine une banane totalement noircie et une mangue largement passée.
Et toujours cette fraise fraîche qui apporte elle aussi une note acidulée.
La gorgée s’étire sur des épices assez marqués, cannelle, cardamome, et clous de girofle, le tout à peine adouci par de la griotte enrobée de chocolat (chez moi on appelle ça des guinettes, et c’est gavé bon 😜).
On s’en doutait, mais c’est infini en bouche …

Conclusion :
Le nez est d’une incroyable richesse, balayant une large palette, le tout avec une grande intensité, et pourtant l’alcool ne se fait pas vraiment ressentir.
Si les arômes ne nous arrivent pas tout à fait dans le même ordre que les parfums, ils restent en parfaite cohérence.
Ils sont très profonds, très concentrés.
C’est vraiment un rhum d’une intensité rare.
Mais … la palette aromatique n’est absolument pas pour tous les palais. En même temps la bouteille n’est pas non plus pour toutes les bourses.
Mais fichtre, quelle expérience !
Par bonheur, il m’en reste encore quelques cl.
